Le nouvel "Observatoire des sociétés politiques européennes"
de Sciences Po Strasbourg

 

Officiellement lancé en septembre 2025, l’Observatoire des sociétés politiques européennes de Sciences Po Strasbourg promeut des analyses comparées des réalités politiques européennes au prisme des méthodes de la recherche en sciences sociales du politique. Pour ce faire, il propose la publication de travaux étudiants sélectionnés, ainsi que la mise en ligne de contenus multimédias également inédits. L’Observatoire est adossé à une expérience pédagogique menée au sein du Master Etudes européennes et internationales de Sciences Po StrasbourgIl s’agit de compléter la connaissance de l’Europe institutionnelle (UE, Conseil de l’Europe, gouvernements nationaux) par une compréhension fine et localisée des sociétés européennes (mobilisations, groupements civils, initiatives locales…). 

Découvrez comment a été créé l’Observatoire avec cette vidéo : 

Pilotage :

Direction pédagogique et scientifique : Magdaléna Hadjiisky, MCF Science politique, Sciences Po Strasbourg-SAGE (UMR7363)

Direction opérationnelle : Nicolas Wurm, Bruxelles (à partir du 1er septembre 2026)

Soutiens institutionnels et implications des étudiant.e.s

L’Observatoire s’inscrit dans un contexte strasbourgeois propice au développement d’une approche de l’Europe outillée par les sciences sociales (Dubois, Lozac’h, Rowell, 2005 ; Delassalle et ali, 2010 ; Georgakakis, 2012 ; Lambert et Michel, 2015 ; Michon, 2018 ; Delassalle, 2022 ; Michel, 2024). Avec la création du SAGE (UMR 7363), cette appréhension de l’Europe a acquis une dimension interdisciplinaire, confirmée par la création de l’Institut Thématique Interdisciplinaire MAKErS sur « La Fabrique de la société européenne » (dir. : Hélène Michel, Amélie Barbier-Gauchard et Mélanie Schmitt, 2021-2026). 

Deux années de suite déjà, des supports de stage recherche de trois mois ont été financés par l’Institut Thématique Interdisciplinaire MAKErS. Un atelier de professionnalisation en Master 2 Études européennes et internationales est également proposés aux étudiant.e.s. Ces derniers contribuent directement, non seulement au contenu, mais également à la sélection, à l’édition et à la valorisation des travaux publiés. L’Observatoire est, enfin, hébergé par le site de l’association étudiante « Master Europe » de Sciences Po.

Les Documents de travail de l’Observatoire des sociétés politiques européennes

Encadrés et dirigés par Magdaléna Hadjiisky, Maîtresse de Conférences en Science politique (Sciences Po Strasbourg) et membre du laboratoire SAGE (UMR 7363), les « Documents de travail » de l’Observatoire sont sélectionnés parmi une série de travaux étudiants préparés en cours et en conférence de méthode « Sociétés politiques comparées en Europe » (Master 1 Etudes européennes). Ces travaux étudiants, individuels tout en étant inscrits dans une logique d’élaboration collective, comparent deux voire trois cas européens, et affinent la focale et la recherche des sources primaires pour produire des analyses de l’ancrage social du politique. 

Comparer, ici, c’est analyser et non évaluer ; c’est comprendre les ressemblances et les différences sans prétendre à l’exception européenne vis-à-vis du reste du monde et sans surimposer des hiérarchies préétablies à l’intérieur du territoire européen. Associé à la méthode comparative, le questionnement politique (relations gouvernants-gouvernés, représentation, légitimation, domination) suppose en effet de s’émanciper des prêts-à-penser téléologiques fréquemment sous-jacents en Europe : modernisation, transition, rattrapage… Il s’agit pour les étudiant.e.s de travailler les différences, non de les ramener à des « retards » ou à des « anormalités ». Cette rupture avec le surplomb normatif ajuste nos interprétations du réel en nous émancipant des évidences préétablies ; ce faisant, elle rend intelligible l’inventivité du social.

Comment appréhender les sociétés dans leur (r)apport au politique ? Quel est le degré d’autonomie du social par rapport au politique ? Dans quelles conditions cette autonomie relative se manifeste-t-elle et avec quels effets ? Ces questions classiques en sciences sociales du politique ne sont pas ici prioritairement traitées du point de vue théorique, mais abordées dans une visée méthodologique et pédagogique.

Les sujets proposés aux étudiant.e.s visent à analyser certains des lieux de construction et d’appropriation sociales du politique. Ils invitent à documenter les mécanismes par lesquels certain.e.s groupes sociaux, mobilisations, collectifs d’engagement, espaces professionnels (médiatiques, savants, administratifs), …, investissent et orientent les processus de politisation et idéologisation, de mobilisations collectives, de mise en récits, de mise en conflits, d’institutionnalisation, de construction de collectifs se réclamant du commun et revendiquant le pouvoir d’identification ou de décision pour le collectif. Les sujets s’articulent autour de quatre axes de recherches : Enjeux de mémoire en Europe ; Europe plurielle ; Idéologies politiques en Europe ; Mouvements contestataires et mobilisations sociales.

Les difficultés méthodologiques de ce type d’enquête sont bien connues. En particulier, la recherche de sources pertinentes est rendue ardue par la modeste couverture médiatique et socio-biographique des milieux non-élitaires. Concrètement, la recherche du support empirique de l’analyse est plus ardue que dans le cas de monographies nationales portant sur une institution identifiée ou une élite constituée. L’accompagnement pédagogique s’attache donc à encourager et à valider la construction de la comparaison et l’ajustement progressif entre les hypothèses et les sources primaires.

Selon les sujets, l’entrée dans l’empirie s’est opérée par la comparaison entre des mobilisations sociales (la lutte des femmes de chambre contre les méfaits de la sous-traitance dans l’hôtellerie, en France et en Espagne), les groupes et partis politiques (leurs affiches, terminologies, stratégies d’usage des réseaux sociaux), la territorialisation des électorats, mais aussi la muséographie (musées ethnographiques en France et en Belgique), le patrimoine (monuments commémoratifs), les tests de naturalisation, les manuels scolaires, les enseignements de l’histoire, les questions écrites par les députés au Parlement européen…

Les travaux étudiants publiés dans l’Observatoire ont fait l’objet d’une sélection pédagogique puis d’une relecture scientifique et éditoriale. Responsable du cours et de la conférence de méthode « Sociétés politiques comparées en Europe », Magdaléna Hadjiisky, Maîtresse de Conférences en Science politique et membre du laboratoire SAGE (UMR 7363), en assure la sélection pédagogique et la relecture scientifique. Une fois retravaillés, ces travaux deviennent des Documents de travail de l’Observatoire, classés par année de parution. Ils peuvent être cités dans des travaux étudiants et/ou de recherche. Il s’agit en effet de travaux inédits, originaux par leur focale d’analyse et par l’apport des sources primaires identifiées et analysées par les étudiant.e.s.

Les Documents de travail de l’Observatoire suivent un cahier des charges rigoureux qui, outre le plagiat, interdisent également l’usage rédactionnel de l’intelligence artificielle générative. Pour des raisons à la fois pédagogiques (apprentissage et autonomie) et intellectuelles (innovation et personnalité), le choix a été fait d’émanciper ces travaux des avancées de la robotique.

Un objectif : réintroduire les sociétés dans notre appréhension de « l’Europe »

L’Observatoire des sociétés politiques européennes trouve sa source dans la nécessité de replacer les évolutions actuelles de l’espace européen dans un ancrage concret, empirique et diversifié, informé par les méthodes des sciences sociales. Comment, en effet, élaborer des stratégies prévisionnelles solides sans connaître de l’intérieur les enjeux sociaux nationaux dans les différents pays membres ? Comment envisager aujourd’hui l’intégration institutionnelle de l’UE sans pluraliser le récit européen ? Par ses thématiques sociales et mémorielles, l’Observatoire tend à rendre plus familière la diversité des sociétés européennes, souvent arasée par les récits institutionnels et patrimoniaux.

Dans le domaine politique, l’Observatoire des sociétés politiques européennes cherche à comprendre la réintroduction de clivages et de frontières, hier disqualifiants, dans l’espace européen contemporain : défense d’un « intérêt national » exclusif, combats mémoriels excluants, priorité donnée à l’identification ethno-nationale et de la concurrence intra-européenne… Face au contexte actuel de renationalisation du gouvernement de l’Union européenne, les travaux de l’Observatoire tirent donc enseignement de l’importance des sociétés politiques nationales dans les évolutions (géo)politiques du continent, mais sans généralisation, ni catastrophisme hâtifs. Les étudiant.e.s sont ainsi encouragé.e.s à penser l’intégration et les institutions européennes en interdépendance avec les évolutions historiques des différentes sociétés européennes. 

Les études et podcasts de l’Observatoire des sociétés

Si l’Observatoire valorise d’abord les travaux étudiants du cours « Sociétés politiques compares en Europe », il cherche également à enrichir les axes thématiques retenus par des contenus originaux : entretiens ou conférences en format Podcast, Compte-rendu de Journées d’étude, restitution de lectures, restitution d’événements européens.

La thématique « Enjeux de mémoire en Europe » explore les multiples façons dont la mémoire — qu’elle soit nationale, transnationale ou contestée — s’inscrit dans les discours publics, les politiques éducatives, les institutions muséales ou les processus de réconciliation. Cette thématique met en lumière la manière dont le passé continue de modeler les débats contemporains autour de la justice, de l’inclusion, de l’identité et du vivre ensemble. La thématique « Europe plurielle » explore la diversité de langues, de culture, de récits nationaux et de revendications identitaires à travers une série d’analyses qui interrogent la manière dont les institutions, les politiques publiques et les sociétés font exister — ou résistent à — des appartenances plurielles sur le continent. La thématique « Idéologies politiques en Europe » propose d’explorer les discours, stratégies et représentations qui structurent aujourd’hui les dynamiques idéologiques sur le continent en incluant les formes multiples que peuvent prendre les logiques identitaires, les conservatismes moraux, les nationalismes culturels ou encore les populismes de gouvernement. La thématique « Mouvement contestataires et mobilisations sociales » explore les formes contemporaines de mobilisation en Europe, à la croisée des luttes sociales, politiques et environnementales. À travers une série d’études de cas et de comparaisons transnationales, elle interroge les dynamiques d’engagement citoyen, les stratégies d’action collective et les conditions de leur émergence dans différents contextes nationaux.

Dans ce cadre s’est développé un axe d’analyse des votes au Parlement européen en partenariat avec le think tank Confrontations Europe, qui conçoit une plateforme électronique facilitant la comparaison des votes en fonction, non seulement des groupes politiques, mais également des origines nationales des Eurodéputés.